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mercredi 23 novembre 2016

Les enfants du duc, d'Anthony Trollope

Je suis ce qu'on appelle, hélas, une grande lectrice. Il faut savoir que de nos jours, vous êtes un grand lecteur dès que vous lisez plus de 20 livres par an. Je trouve ça tellement triste car pour moi, 20 livres par an ce n'est pas beaucoup, et je n'imaginerais pas ma vie sans lecture. Il y a toujours un roman en cours à mon chevet. Grande fan de polars et de romans noirs, je lis en fait surtout de la littérature classique, française, anglaise, russe, américaine, allemande, italienne. Pour les vacances d'automne, comme nous allions en Angleterre, j'ai embarqué dans ma valise ce roman d'Anthony Trollope.


Un rival de Dickens

Anthony Trollope est un auteur encore assez peu connu en France, mais très populaire dans le monde anglo-saxon. Il y a même une Trollope Society ! Fils de la petite bourgeoisie (son père était avocat) devenu, par la force des choses, inspecteur des postes, puis parlementaire, il a acquis une importante célébrité dans l'Angleterre victorienne, surpassant peut-être même son rival Dickens, qu'il détestait cordialement. Tout au long de sa carrière, Trollope écrivit pas moins d'une cinquantaine de romans, sous forme de cycles (les Palliser Novels, les Barchester Chronicles et son chef-d'oeuvre, Quelle époque ! (The way we live now).

Les cycles de Trollope, comme chez Balzac, font se croiser des univers similaires et des personnages récurrents, mais les différents volumes d'un même cycle peuvent se lire séparément, ce qui est un avantage indéniable. Par exemple, Les enfants du duc est le volume final de la série des Palliser : il se lit très bien même en ignorant tout les précédentes aventures de Plantagenêt Palliser et de lady Glencora. 

Le romancier de la noblesse victorienne

Si vous aimez Dickens, Gaskell et les romans sociaux, vous ne trouverez peut-être pas Trollope à votre goût. Notre inspecteur des postes a une certaine fascination pour le grand monde, et nous emmène plus souvent dans les châteaux de l'aristocratie anglaise que dans les chaumières des paysans. Ceci dit, même en étant une grande admiratrice de Dickens qui est, avec George Elliot, (ah, le Moulin sur la Floss!) mon écrivain anglais préféré, j'ai beaucoup aimé ce volume de Trollope. 


Portrait de Lady Agnew, par John Singer Sargent


L'histoire est simple. Pantagenêt Palliser, richissime duc d'Omnium et ancien Premier Ministre, s'est retiré dans son cher Barsetshire, pensant couler de vieux jours heureux avec son épouse tant aimée, lady Glencora. Mais ne voilà-t-il pas que lady Glencora meurt brusquement, le laissant seul avec ses trois enfants adultes, lord Silverbridge, son cadet lord Gerald, et sa fille lady Mary. Et le moins qu'on puisse dire que le duc n'a pas de chance avec ses enfants, notamment les garçons. Après s'être fait renvoyer d'Oxford pour avoir peinturluré de rouge la maison du doyen de l'université, Lord Silverbridge, héritier du titre, se passionne pour les courses de chevaux, achète un pur-sang et s'abouche avec un homme louche du nom de Tifto dont les malversations diverses vont lui coûter cher. S'il s'engage en politique, c'est pour trahir l'orientation politique de sa famille (et puis quel ennui, ces séances à la Chambre des Communes !), tandis que son cadet Gerald se fait, pour sa part renvoyer de Cambridge pour avoir fait le mur afin d'aller aux courses ! Les dettes et les factures  impayées pleuvent de tous côtés. Le duc pourrait espérer trouver du réconfort auprès de sa fille Mary, mais celle-ci, au grand dam de son père, s'est fiancée au meilleur ami de son frère, un jeune homme résolu sans nom ni fortune... 

Un maître de la psychologie

L'intérêt du livre ne réside pas tant dans l'intrigue, certes classique mais agréablement menée, mais plutôt dans le style impeccable et plein d'humour de Trollope, dans le regard affectueux qu'il porte sur ses personnages, même lorsque ceux-ci font les pires bêtises ou se comportent de manière désespérément illogique. Son sens de la psychologie fait merveille à chaque page. Face à l'immaturité des fils Palliser, le personnage de lady Mary prend de la force et de l'ampleur. On s'attache à cette jeune femme résolue décidée à ne pas reculer face aux préjugés de son époque. Par certains aspects, cette chronique de la vie de la haute noblesse britannique est aussi un plaidoyer féministe avant l'heure. Au portrait de Mary répond celui de Lady Mabel, fille pauvre d'une famille noble, résolue à épouser un homme riche qu'elle n'aime pas pour échapper au destin impitoyable qui attend à cette époque les vieilles filles sans fortune....

Après le décès de Trollope en 1882, Henry James lui rendit hommage en ces termes : 

"Trollope sentait en même temps qu'il la voyait, la multiplicité du quotidien et de l'immédiateté ; il la sentait d'une façon simple, directe et salubre, avec sa tristesse, ses joies, son charme, son côté comique [...]. Il restera l'un des plus sûrs, bien que n'étant pas le plus éloquent, des écrivains qui ont aidé le cœur de l'homme à se connaître lui-même..."




Et vous, aimez-vous les écrivains anglais ? Quels sont vos auteurs préférés ? 


4 commentaires:

  1. Ma mère était une grande fan de Trollope, ce qui fait que, comme elle avait tout Trollope dans sa bibliothèque, j'en ai lu une pelletée quand j'étais ado, et j'avais énormément aimé ! C'est moi qui ai ses livres maintenant, il faudrait que je les relise.

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  2. C'est sympa comme tout. En ce moment je lis le Docteur Thorne et c'est bien écrit tout en restant léger. Tout Trollope, bigre, ça devait prendre de la place !

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  3. Oh je connais pas du tt ! Tu me donnes envie:) Comme écrivain anglais je suis une grande fan de Jane Austen !

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    1. Ah, je l'adore aussi ! J'ai lu tous ses livres.

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